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Et Aya Nakamura chantera

  • Photo du rédacteur: Azanga NKOMBO
    Azanga NKOMBO
  • 10 avr. 2024
  • 5 min de lecture


Et pourtant cela devait être une soirée sympathique.

 

Kizmud et moi on s'était posé à la terrasse de Ngwasuma. Tranquille. En afterwork. Le soleil rentrait péniblement dans sa case en emportant avec lui les dernières chaleurs du jour. La bise du soir naissant caressant doucement nos visages. Nos Nkoyi fraîches soulageaient nos gosiers assoiffés. Les amazones étaient de sortie avec leurs robes « dis-moi bonsoir »: échancrées devant, échancrées derrière, échancrées sur le côté, échancrées tout court...  il y avait autant d'ouvertures que les caractères des alphabets japonais. En plus, elles te regardaient en mode « T'es ma lumière dans le noir / Sans toi y a pas bon chemin /Je dois finir dans tes bras / Je pourrais tout donner / Bébé dis-moi, dis-moi, dis-moi, eh /Où tu veux on ira, eh /Dis-moi, dis-moi, dis-moi, eh /Ce que tu veux de moi /Dis-moi, dis-moi, dis-moi, eh /Où tu veux on ira, eh /Dis-moi, dis-moi, dis-moi, eh». Trop de Hiro, ça tue le Hiro en toi. Leurs parfums, Guerlain ou Axe, se mélangeaient au fumet des chèvres et des poulets tendrement grillés. Pour une fois, la musique dominait à peine le brouhaha des conversations ambiantes et les mélodies de Fally Ipupa DiCaprio La Merveille Aigle régnaient en maître. La terrasse se remplissait calmement avec les habituels : cadres supérieurs, diasporas venues en vacances, blancs des organisations internationales, ... Ceux qui viennent au temple célébrer la chair dans tous les sens... du terme.

 

Ne le dites pas à ma femme: Ngwasuma c'est goût !


Les amazones étaient de sortie avec leurs robes « dis-moi bonsoir »: échancrées devant, échancrées derrière, échancrées sur le côté, échancrées tout court...  il y avait autant d'ouvertures que les caractères des alphabets japonais.

 

Kizmud avait un visa longue durée. Je ne savais pas si c'était au fait qu'il était récemment papa. Aucune idée. Sa femme lui avait accordé le visa et le collier d'immunité. Sauf dénonciation calomnieuse, il était relativement tranquille. Eeeeeh vous rigolez, mes frères de Kiname, ne soyez pas naïfs. Dans ces lieux où Sodome a rencontré Gomorrhe, il y a toujours une amie de votre femme qui comme par hasard vous a vu. Cette amie charitable envoie un message à votre épouse/petite amie/PC (biffez la mention inutile). Et ce message commence toujours pas : « Ye nde ! Na moni ye...! ». Ne rigolez pas, j'ai un ami il s'est fait mème prendre en photo. Quand son PC l'a confronté, il a répondu qu'il était avec sa cousine... C'est dur d'être un homme.

 

Donc Kizmud avait son visa long séjour et son collier d'immunité. Pour ma part, j'avais opté pour une démarche plus audacieuse, voir téméraire: demander un visa volant via WhatsApp. La demande était formulée ainsi : « Chérie, ne t'inquiète pas si je rentre tard. Je suis avec des potes au restaurant ». « Chérie » et « restaurant » sont les mots les plus importants de la demande. Ah oui, bande de débutants, vous rigolez ??! Il ne faut rien négliger. « Chérie » c'est pour stimuler l'hippocampe et le lobe frontal, le siège de la mémoire, pour qu'elle accède à des souvenirs enfouis sous les décombres de vos conneries quotidiennes. Avec ça, elle se rappelle un bref instant que vous avez été un gentleman avant de devenir le goujat que vous êtes. « Restaurant » c'est pour qu'elle pense Limoncello avant Ngwasuma, mieux vaut qu'elle pense pâtes que porc. Pas de réaction depuis l'envoi du message, son silence valait acceptation. Un vrai quasi-contrat.

 

Ne le dites pas à ma femme: Ngwasuma c'est top !

 

 A notre époque, les mamans s'étaient pire que le FBI, elles avaient une technique d'interrogatoire infaillible: foufou chaud et madesu

Et la chèvre est arrivée, découpée avec amour, nageant dans son jus, habillée de bouées d'oignons, déposée sur un lit de chikwangues et accompagnée d'un monticule de piments. Le poulet a suivi, présenté dans son lit de mayonnaise parsemé d'oignons, escorté de bananes frits et accompagné aussi d'un tas de piments écrasés. Une boîte de cure-dents, ustensiles indispensables pour savourer ces plats, a été déposée sur la table et le stock de NKOYI renouvelé. Kizmud et moi nous nous sommes échangés un regard entendu et complice, communiant en esprit pendant que nos narines étaient flattées par le parfum de bonne odeur qui s'élevait des plats.

 

Ne le dites pas à ma femme: Ngwasuma c'est divin !

 

Et dans cet état de béatitude complète, mon neveu débarque comme une pluie en pleine saison sèche. Catastrophe ! Je précise que ce n’est pas celui qui ne veut plus se marier, c’est un autre, mais celui-ci ne vaut pas mieux.

« Eeeeeh Papa Azanga, on dirait que je suis arrivé au bon moment. Je t'ai vu depuis la route. Je devais venir te saluer » : m’informa-t-il dès qu’il arriva à notre table annonçant ainsi la couleur noire des emmerdements. Et toutes ces conneries débitées en regardant nos plats. Mais cette jeunesse, vraiment, je ne comprends pas. A notre époque, tu croisais un Vieux dans ce type d'établissement, tu partais de toi-même sans demander ton reste. Tu n'allais pas le saluer ! Et si par hasard, vos regards se croisaient, tu baissais les yeux et tu devenais amnésique sur le champ. A notre époque, les mamans s'étaient pire que le FBI, elles avaient une technique d'interrogatoire infaillible: foufou chaud et madesu. Quand tu manges, tu baisses ta garde et à la première question,  tu déballes tout ! Donc mieux vaut n'avoir rien vu, simple plausible dénégation.

« Tonton, les Blancs là c’est terrible. Tu as vu ce qu’ils font à notre sœur Aya Nakamura ?? Ils refusent qu’elle chante Edith Piaf » m’a dit ce gratteur en enfournant dans sa grande bouche, qui parle beaucoup, des morceaux de notre poulet et de notre chèvre. Il m’énervait !

-        Déjà ce ne sont pas les Blancs, ce sont les Français. Ensuite, ils n’ont pas refusé qu’Aya chante du Edith Piaf, ils refusent qu’elle chante du Edith Piaf à l’ouverture des Jeux Olympiques de cette année.

-        Ah Tonton, c’est la même pareil. Ils sont méchants !!

Kizmud a ajouté entre deux gorgées de NKOYI et une cuisse de poulet : « Bon Piaf, il faut du coffre et là il y a quelques octaves à couvrir ». J’ai répondu en mâchonnant mon bout de chèvre : « Bon elle a du coffre ! Pour les octaves, la banque fait crédit ». KIzmud m’a répondu en croquant l’os de sa cuisse de poulet : « Justement, la crainte de tous est que la banque fasse défaut ». Je n’ai pas répondu, je m’en tapais comme les pagnes de ma grand-mère. Mon seul problème actuel était la vitesse à laquelle mon intrus de neveu tapait les deux plats. Et une question cruciale s’imposait : fallait-il rajouter du poulet ou de la chèvre ?

-        Tonton, tu dis rien ?

-        Je m’en fous.

-        Mais pourquoi dis-tu ça ? C’est une des meilleurs artistes noires francophones. Ca doit être difficile pour elle. Tu t’imagines ce qu’elle se dit quand elle rentre chez elle ???!!!!

-        « J'sais qu'j'éteins (uh) /Toi, tu doutes de quoi? Je sais qu'j'éteins (yeah) »

-        Arrête Tonton, c’est sérieux !! Elle ne dirait pas ça à ses haters !

-        Tu as raison. Elle dirait plutôt ça : « Quand j'suis vexée, j'suis méchante, baby (yeah, yeah) / T'es trop à l'aise, en fait, j'te l'dis (yeah, yeah)/ J'aime pas les problèmes (ouais) /Tu cherches la merde, nan, en vrai, tu fais quoi ».

-        Mais non Tonton !!! C’est la France qui ne la reconnaît pas, pas une brute du quartier !

-        C’est une partie de la France. Et puis, tu m’embêtes avec tes délires sur Aya. Tu connais le nombre d’artistes qui vendaient mais qui n’ont pas été reconnus : Guy des Cars, Gérard de Villiers, … et puis même quand tu es célèbre, il y a toujours quelqu’un pour te critiquer. Comme dirait ton grand-père Nkombo Ezate : « le mal est la première qualité qu’on reconnaît à l’autre ». Regarde Marc Lévy, Michel Houellebecq, Christine Angot, Anna Gavalda, Bernard Weber,..

-        Tonton, je ne connais pas tous ces gens.

-        Ce n’est pas grave. Mange. Ne t’inquiète pas pour elle. Jeux Olympiques ou pas, le meilleur est avenir et un jour Aya Nakamura chantera : « Peu m'importe si tu m'aimes /Je me fous du monde entier ».

 

Azanga Nkombo

Un serviteur fatigué des hommes et de ses neveux

 
 
 

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